Panama : de la drogue, de la contrebande et un ferry

Peu de temps après avoir passé la frontière on a gagné Almirante. La ville depuis laquelle on accède à l’archipel de Bocas del Toro. Enfin, nous allions l’avoir notre île de rêve sur les Caraïbes !

Afin de limiter les frais sur place on a voulu embarquer le combi sur un ferry. Pas de bol, on est arrivés le dimanche après-midi et le seul jour où il n’y a pas de ferry est le lundi. Bon ! Dire qu’il n’y a pas grand chose à faire à Almirante est un sacré euphémisme. C’est une petite ville grise, laide, qui ne vit que par le transit entre la côte et l’archipel. Comme on trouvait le temps un peu long et qu’on ne savait pas quoi faire j’ai décidé de me bloquer le dos histoire de tester les hôpitaux panaméens. Nous voilà donc aux urgences, Vincent reste dans la salle d’attente tandis qu’on m’installe derrière un petit rideau. On me colle une perfusion d’anti-inflammatoires et zou, rendez-vous dans deux heures. Les deux heures écoulées, toujours impossible pour moi de me lever. Alors, sans prévenir, l’infirmière débarque avec une seringue et m’en injecte le contenu dans la perf. Trois secondes plus tard je crois ma dernière heure venue : j’ai très chaud, la tête qui tourne, le verdict est sans appel : il y avait une bulle d’air dans la seringue, je vais mourir à Almirante, avant même d’avoir posé un pied sur cette fichue île, c’est bien ma veine. Bon en fait j’ai peut-être un peu dramatisé, mais comment j’étais sensée deviner qu’elle allait me faire une injection surprise de morphine. Je me retrouve donc en train de planer, le regard scotché sur le mur. A ce moment-là je me rappelle de la fois où j’ai amené mon chat chez le vétérinaire et qu’après une injection de somnifère il s’est endormi les yeux ouverts : mort mais pas vraiment. Quand le médecin passe me demander si je sens toujours la douleur j’ai envie de lui répondre que je ne sens même plus mes dents, alors ça va ! On s’empresse d’aller régler notre note à l’accueil de l’hôpital. Et c’est là qu’on découvre le prix de mes soins : un peu moins de 3 euros pour la consultation et l’anti-inflammatoire. La morphine quand à elle coûte un peu moins d’un euro, moins cher qu’un verre de coca !
On retourne tranquillement sur le port attendre le ferry du lendemain matin, car on ne peut pas réserver sa place, c’est premier arrivé premier servi et le ferry du mardi est souvent bondé.
Le lendemain on arrive enfin à destination, sous la pluie. Problème : j’ai toujours le dos complètement bloqué. Pendant les 4 jours qui suivent on devra donc faire un saut à l’hôpital de Bocas tous les matins pour une petite injection. Voilà qui va un peu contrarier nos projets. Impossible d’aller s’installer loin de la ville et faire les allers-retours tous les jours sur la très mauvaise route qui traverse l’île. On décide donc de prolonger notre séjour. On passera donc les premiers jours du côté de Playa Bluff, où les vagues sont assez fortes et la baignade dangereuse.

Une fois les quatre premiers jours écoulés on rejoindra la plage de Boca del Drago, un coin réellement paradisiaque.

De là on pourra même se rendre à pied à Playa Esterillos, célèbre pour ses étoiles de mer. On en aura vu pas mal, malheureusement c’est le moment qu’a choisi notre appareil waterproof pour se mettre en grève. Ceci dit elles étaient quand même nettement moins nombreuses qu’à Homer. Dommage aussi que le ciel reste couvert, troublant pas mal la visibilité sous-marine.

Le dernier jour on voulait faire un tour organisé sur l’archipel pour aller faire du snorkelling mais la météo a une nouvelle fois joué contre nous. Tant pis, on prend le ferry et retour sur la terre ferme.
La traversée jusqu’aux Cangilones de Gualaca nous offre des panoramas très variés. De la montagne, des nuages, puis un ciel bleu éclatant.

On arrive aux fameuses gorges le dimanche matin. Il y a pas mal d’animation toute la journée. Des bus entiers de familles venues lézarder au soleil en buvant des bières et en faisant des barbecues envahissent les lieux. On s’amuse beaucoup. Cet endroit nous rappelle énormément les rivières du sud de la France, notamment du côté de Saint-Guilhem-le-Désert : on se sent comme à la maison. Dommage que les gens laissent leurs poubelles traîner partout. A la fin de la journée le lieu est jonché de canettes de bière ! Le lendemain matin on a les gorges pour nous tous seuls. Un rapide plongeon dans l’eau très fraîche avant de prendre la route du Pacifique pour y retrouver la fournaise.

On ne restera qu’une nuit sur la plage immense de Las Lajas. On profite d’un de nos derniers couchers de soleil sur le Pacifique avant quelques temps.

Le lendemain, à Santa Clara, on fait la rencontre d’une famille de français à bord d’un véhicule impressionnant.

On les retrouvera ensuite pour quelques jours à Panama City où l’on passera quelques nuits en attendant de rejoindre Colon pour prendre le ferry.

Notre visite de Panama City est un peu chaotique. Il faut d’abord qu’on se rende aux bureaux de la police pour s’y faire délivrer la « DIJ », ce précieux sésame qui nous permettra d’embarquer sur le ferry.

Une fois le papier en main il faut également réserver nos places sur le bateau. Deux choses concourent à rendre ces démarches un peu stressantes. La première est le rassemblement de tous les chefs d’Etat de l’Amérique Latine et de Barack Obama la même semaine à Panama, du coup toutes les administrations ferment le jeudi à midi pour rouvrir le lundi. Et, vous l’avez deviné, nous sommes arrivés sur le place le mercredi soir ! On a donc une demi-journée pour être en règles avant le départ. Car oui, il faut être prêt à embarquer sur le ferry le lundi matin. L’autre vecteur de stress c’est ce fameux ferry. Il a été mis en place il y a à peine 6 mois. Et il y a seulement 4 mois qu’il prend des véhicules. Mais pourquoi prendre le ferry pour rejoindre la Colombie ? Car la traversée du « Darien Gap » est tout bonnement impossible par voie terrestre. Déjà il n’y a pas de routes et en plus c’est un repère bien connu des FARC. En gros lorsque quelqu’un traverse le Darien vivant il y a matière à écrire un livre.
Ce ferry est une aubaine pour nous car avant qu’il soit mis en place le seul moyen de traverser était d’expédier son véhicule sur un cargo et de prendre un avion, ou un voilier pour rejoindre Cartagena en Colombie. Le problème de cette démarche c’est qu’elle est à la fois laborieuse et extrêmement coûteuse. Mais alors pourquoi le ferry serait-il un vecteur de stress ? Et bien tout simplement car c’est un flop. L’entreprise qui a mis en place ce ferry a fait venir un bateau gigantesque d’Italie. Or la demande est trop faible, il y a à peu près quatre véhicules par voyage. Autant dire que l’opération n’est pas rentable. L’entreprise est donc déjà en train de mettre la clé sous la porte. Heureusement pour nous, nous avons appris ça alors que nous étions au Costa Rica, on a donc un peu accéléré la cadence pour être sûr d’avoir l’un des derniers ferrys. Et comme on préfère éviter de prendre l’ultime ferry (on n’est jamais à l’abri d’une mauvaise météo ou de n’importe quel autre problème) on se hâte pour avoir le pénultième. Et visiblement nous ne sommes pas les seuls ! Les villes de Panama et de Colon n’ont probablement jamais vu autant de voyageurs d’un coup.
À Panama City il y a un lieu connu des « overlanders » pour bivouaquer gratuitement à proximité du centre-ville, au pied du Pont des Amériques, qui relie l’Amérique Centrale à l’Amérique du Sud en enjambant le Canal.

C’est là que nous retrouverons Fred, Laure, Martin et Chine. On retrouvera également Bridget et Brendan, que nous avions croisé à Big Sur et à San Cristobal de las Casas. On fera aussi la rencontre de Sigo et Hilu, de Guy et Didi, d’Audrey et Alex et d’autres encore…

On profitera du week-end pour aller visiter le centre-ville en compagnie de nos nouveaux amis.

Le dimanche, en quittant Panama City pour Colon on fera un crochet par les célèbres écluses de Gatun sur le canal du Panama.

Puis le soir, on rejoint le port de Colon où nous ne serons pas seuls pour passer la nuit !

Le lendemain on va attendre toute la journée que des officiers viennent réclamer des documents au compte-goutte. On nous a demandé d’être sur place à 9 heures du matin, le départ est prévu à 19 heures. Autant dire que la journée est longue. Alors on s’occupe comme on peut !

On finit par embarquer à 21 heures. Et là on apprend que nous n’avons pas le droit d’embarquer avec de la nourriture, et nous qui avons préparé des sandwiches et une salade pour éviter le racket du restaurant à bord ! Un officier nous demande de vider notre salade dans la poubelle et confisque nos sandwiches. Vincent a alors une idée géniale : après avoir fait semblant de vider le contenu de notre tupper dans la poubelle il le remet dans le sac à dos. Puis, terrifié à l’idée de voir ses bons sandwiches se perdre il repart en arrière. En effet il a le droit de les manger avant de monter à bord. Il en mange un et cache les autres sur lui, sous sa chemise, pour passer à nouveau le contrôle de sécurité. Malheureusement, il a omis l’un des éléments clés du bon trafiquant : le scotch. Il se fait donc assez vite repérer lorsque l’un des sandwiches tombe par terre alors qu’il passe le portail ! Heureusement ce remake un peu cheap de l’ouverture de Midnight Express ne lui coûtera pas sa place sur le bateau.
On fait nos adieux à l’Amérique Centrale à la nuit tombée, un peu déçus d’avoir survolé le Panama mais extrêmement soulagés d’être à bord de cet avant-dernier ferry !

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