Colombie #3: Fifty Shades Of Green

En quittant Bogota pour la “zona cafetera” on s’est lancés dans une belle ascension, avec pour résultat un passage de col à 3700 mètres, et pour une fois le combi a tenu bon, hourra ! Et que dire des paysages : verdoyants, ondulants. Un coup la tête dans les nuages et cinq minutes après on surplombe une vallée 1000 mètres en contrebas. C’est l’une des plus belles routes qu’on ait emprunté depuis longtemps !

Une fois dans la fameuse zone caféière on a bien entendu rempli nos devoirs de touristes en faisant une visite guidée dans une finca, nous voici donc officiellement experts en café, “cueillette” et diplômes à l’appui…

Après la finca on n’avait qu’une envie : aller tremper dans nos premières eaux thermales depuis le Canada à Santa Rosa de Cabal. Le cadre était idyllique, la température de l’eau idéale, autant vous dire qu’on y a passé quelques heures !

La destination suivante se trouvait du côté de Salento, une petite ville assez touristique où l’on ne s’arrêtera même pas, trop impatients de se rendre dans la fameuse vallée de Cocora.

Il faut que je vous avoue que, depuis notre entrée en Colombie, c’était l’endroit que j’avais le plus hâte de visiter. Et pour cause : cette vallée est célèbre car elle abrite un très grand nombre de palmiers de cire, l’arbre national de la Colombie, et le plus grand palmier du monde. Et comme chacun est libre de se faire son idée d’un pays avant de le visiter -au risque d’être déçu- j’avais décrété que cette vallée était LE paysage emblématique de la Colombie. Et j’ai été bien loin d’être déçue. Tôt le matin on a emprunté un chemin qui grimpait jusqu’à un sanctuaire de colibris, après avoir traversé une bonne dizaine de ponts on a siroté un chocolat chaud en admirant ces petites bestioles bien gracieuses.

Puis on a continué à grimper, dans la douleur pour ma part (et oui l’altitude altère considérablement les capacités physiques.) C’est donc à bout de souffle que je suis arrivée au faîte de cette rando… à 2860 mètres d’altitude, ça promet pour la suite !
Une fois passés de l’autre côté de la montagne, on s’est retrouvés au beau milieu d’une vallée remplie de palmiers, et là on a tout bonnement abandonné le sentier pour aller vagabonder au milieu des géants : un bonheur !

En route pour Popayan, on a commencé à s’interroger sur la suite. Plusieurs options s’offraient à nous : continuer notre chemin vers la frontière, prendre la mauvaise piste qui mène à San Agustin, pour aller y admirer les fameuses statues et retourner sur nos pas pour reprendre la direction de la frontière ou encore laisser le combi en repos quelques jours et prendre un bus pour rejoindre le site archéologique de Tierradentro.
On s’est laissé le temps de la réflexion en visitant le centre de Popayan, qui ne nous a pas fait très forte impression, et le lendemain on embarquait à bord d’un bus pour parcourir les 100 kilomètres qui nous amèneraient à Tierradentro.

Mais pourquoi avoir laissé le combi derrière ? Car si la piste qui mène à San Agustin a mauvaise réputation, elle passe pour une autoroute à côté de celle qui mène à Tierradentro. Il nous aura fallu six heures pour parcourir ces 100 kilomètres, il faut dire aussi qu’il y avait beaucoup de travaux sur la route, et donc beaucoup de poids lourd ce qui contribuait à rendre la piste encore plus boueuse et favorisait les très nombreux éboulements. Plusieurs fois il aura fallu s’arrêter une bonne demi-heure pour laisser le temps aux ouvriers de tasser des monticules de pierres afin que la route soit de nouveau praticable.
Dès le lendemain matin on était d’attaque pour entamer les 14 kilomètres de randonnée à travers les hypogées de Tierradentro. Ce fut, de loin, la randonnée la plus formidable qu’on ait faite au cours de ce voyage ! Le cadre verdoyant, et ces dizaines de tombeaux aux escaliers disproportionnés, tout ça pour nos seuls yeux (car nous étions les seuls visiteurs du site ce jour là!) Il n’en fallait pas plus pour faire naître en nous la fibre de deux Indiana Jones sur les traces d’une arche presque perdue. C’était amusant de se faire ouvrir ces tombeaux un par un, et d’y descendre, parfois éclairés seulement d’une lampe de poche !

Et malgré la difficulté de cette randonnée (ça monte, ça descend, pareil dans les tombeaux  où une bonne vingtaine de fois il aura fallu descendre et grimper), le terrain extrêmement boueux -qui m’aura valu une superbe gamelle- et le fait que sur les indications d’un local on ait fini par se perdre et retrouver notre chemin à la nuit tombée (depuis le temps on devrait pourtant savoir qu’il faut toujours se méfier des directions qu’on nous indique en Amérique Latine…) on s’est régalés. Heureusement que nous avions emporté nos lampes de poche car nous avons fini cette rando de nuit, fourbus, boueux mais ravis !!!

Le lendemain matin, avant de repartir pour Popayan, notre hôtesse nous conseille de prendre le bus au plus tôt, apparemment il y a eu de nouveaux glissements de terrain et une pierre “de la taille d’une maison” aurait atterri au beau milieu de la chaussée, le retour risque donc d’être long : il faudra prendre un premier bus jusqu’à la fameuse pierre, traverser à pied, et attendre un deuxième bus de l’autre côté. On rejoint donc l’arrêt de bus en courant, pour rien, le bus ne passera jamais. Au moment où on hésite à regagner notre hôtel arrive un pick-up qui nous dépose à la ville la plus proche. De là-bas on sera toujours à temps de chercher un moyen de transport où un hébergement pour la nuit. Et, sitôt arrivés, on embarque dans un second pick-up qui nous amène jusqu’à la fameuse pierre. Là, tout le monde attend au chaud dans le véhicule que le chauffeur ait des nouvelles du bus de l’autre côté, afin d’entamer la traversée au dernier moment.

Ainsi, lorsqu’on aperçoit des gens qui traversent dans l’autre sens tout le monde se rue hors du pick-up, ce qui laisse place à une scène très étrange. Se retrouver au milieu de tous ces gens qui se précipitent sur ce terrain accidenté, certains pour éviter de salir leurs chaussures avancent pieds-nus, d’autres optent pour une protection en sacs plastiques, nous donne l’impression d’avoir atterri au beau milieu d’un échange d’otages !

Cependant, une fois passés de l’autre côté, pas de trace des casques bleus, ni d’un hélicoptère, seulement un bus qui attend, et nous allons attendre avec lui pendant quelques heures car, bien entendu, il n’a pas l’intention de démarrer à moitié vide. Il faudra donc faire preuve de beaucoup de patience avant de reprendre la route vers Popayan… Alors que nous étions partis vers neuf heures du matin, on finira par arriver à bon port à la nuit tombée. Et là, miracle, nos amis Sigo et Hilu, nous voyant débarquer ivres de fatigue, nous annoncent qu’ils s’occupent du repas pour ce soir, qu’on aille se reposer en attendant que tout soit prêt. Ah oui, j’avais oublié de vous préciser qu’avec tout ça nous n’avions même pas eu le temps d’avaler quoi que ce soit de la journée. Autant vous dire que le festin préparé par nos amis nous a remplis de joie.

Cette petite expédition à Tierradentro nous aura marqués. Il faut dire que la difficulté pour accéder à ce site permet de le préserver du tourisme de masse et nous a permis de découvrir un lieu en toute tranquillité puisque nous étions les seuls touristes. Pourtant cela va bientôt changer car d’ici deux ans la route qui mène de Popayan à Tierradentro sera entièrement asphaltée, nous savons donc que jamais plus nous ne retrouverons la magie de cet endroit, et en même temps ce sera l’occasion pour d’autres de le découvrir plus aisément. Voilà une des contradictions du voyage : on est toujours partagés entre l’envie de découvrir des lieux préservés et celle de pouvoir y accéder facilement. C’est d’autant plus vrai avec un véhicule comme le notre, qui est loin de pouvoir passer partout. Alors de temps en temps, pour s’offrir un brin d’authenticité et sortir un peu des sentiers battus il faut savoir laisser son confort derrière soi. Mais plus encore il faut accepter le fait que nous ne sommes qu’un couple de touristes parmi des milliers d’autres et se rendre à l’évidence : la terra incognita n’existe plus depuis longtemps et c’est aussi ce qui nous permet de faire un si beau voyage.

Après une bonne nuit de sommeil nous avons continué à voyager avec nos amis pendant quelques jours. Après un bref arrêt à Pasto, on s’est donc rendus ensemble à la laguna de la Cocha, dont le village de pêcheurs est devenu un incontournable des touristes grâce à ses jolies maisons en bois et ses balcons chargés de fleurs. Le village a beau être très joli, il manque un peu d’authenticité à nos yeux, il faut dire qu’avec l’affluence du tourisme, une maison sur deux est devenue un restaurant…

Le soir nous camperons derrière un restaurant suisse, où l’on décidera de fêter l’anniversaire de Sigo autour d’une fondue savoyarde, quelle erreur ! Décidément pour manger du fromage digne de ce nom il nous faudra patienter jusqu’à notre retour en France. En outre les portions sont ridicules, on partira donc tous au lit avec la faim au ventre, dommage !

Le lendemain sonne le glas de nos aventures colombiennes avec une dernière étape au sanctuaire de Las Lajas, une église édifiée au milieu d’une gorge, pour marquer le lieu d’une apparition de la Vierge, qui n’aimant pas trop la facilité, a trouvé ça amusant d’apparaître dans un lieu aussi incongru. Le résultat était assez grandiose : cet édifice perché au-dessus de la rivière, à cheval entre les versants de deux montagnes, et tous ces ex-voto accrochés dans la roche, une belle dernière promenade en Colombie !

Le soir, sur notre lieu de bivouac, on aura la visite de deux petits curieux, et on découvrira que les lamas n’apprécient visiblement pas la compagnie des moutons.

Le matin de notre départ, c’est sous un joli arc-en-ciel qu’on fera nos adieux à ce si beau pays.

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