Equateur #2 : Galapagos, insérez ici un superlatif

Et oui on s’est offert ce luxe. Il faut dire aussi que ça nous trottait dans la tête depuis le Mexique. En effet lorsqu’on avait rencontré Jason, Angela et Bode ils nous avaient parlé de leur séjour sur les îles Galapagos comme le temps fort de leur voyage. L’autre argument imparable qu’ils avaient invoqué était le suivant : un séjour aux Galapagos ne sera jamais moins cher que si tu arrives avec ton propre véhicule à Quito. Ça se tient. Enfin, au cas où on aurait encore eu la moindre hésitation on en était arrivés à la conclusion suivante : si on arrive à faire la traversée Panama-Colombie en ferry alors on aura les moyens de s’offrir un séjour aux Galapagos (car comme je vous l’expliquais précédemment le ferry en question n’a été opérationnel que quelques mois, après ça retour à l’enfer du “shipping” sur un cargo, de son dédale administratif et de son prix exorbitant.)
La dernière condition non négociable à l’aboutissement de ce projet c’était de trouver une offre de dernière minute.
Sans rentrer trop dans les détails, il existe deux façons de visiter les Galapagos. La première c’est de prendre un avion, de se trouver un hôtel sur place et d’organiser soi-même des excursions à la journée sur les îles alentour. Problème : en un jour de visite on a le temps de voir seulement un lieu, et on n’a pas la possibilité de voir les îles les plus éloignées. La deuxième option, celle pour laquelle on a opté, c’est la croisière de plusieurs jours qui permet de visiter plusieurs îles dans la même journée et d’avoir accès à des lieux plus reculés. Le problème de cette formule tout compris (pension complète à bord du bateau, guide naturaliste, équipement de snorkelling) est qu’elle coûte un bras. Il s’agissait donc de trouver l’affaire en or : une croisière de huit jours sur un circuit passant par les îles de l’ouest (beaucoup de gens nous avaient conseillé ce tour) et le tout à des prix, sinon abordables, du moins légèrement moins exorbitants que les autres. Et histoire de relever un peu le niveau de difficulté, on est partis à la recherche de cette affaire en or en haute saison (début juillet), autant dire que c’était mal barré.
Dès la première agence visitée on trouve le bateau de nos rêves, le Daphné. Il passe par les fameuses îles de l’ouest, Isabela et Fernandina, et il propose un tour de huit jours. Problème : le budget. Une vingtaine d’agences de voyage plus tard, on réalise que le seul tour qui nous intéresse vraiment est celui du Daphné mais le prix est trop élevé pour nous. On décide donc de jouer carte sur table avec les opérateurs de voyage : dans chaque agence où l’on entre on explique qu’on veut ce tour, que l’agence d’à-côté nous le fait à tel prix et on tire les prix vers le bas. On termine par faire le ping-pong entre deux agences, et après deux ou trois allers-retours à coup de rabais de 20 dollars on finit par signer.
Le surlendemain on décolle pour le paradis.

Arrivés sur place, on constatera que, d’une : nous ne sommes pas les seuls à avoir obtenu une offre de dernière minute (seules deux passagères ont payé plein pot, soit plus du double de ce qu’on a payé), et de deux : le bateau est à moitié vide (prévu pour 16 passagers, nous sommes seulement neuf.)
Le jour de l’arrivée sert de tour de chauffe, on teste notre équipement de snorkelling, on fait connaissance avec notre petit groupe et avec l’équipage du Daphné, on prend possession des lieux (wouahou, une cabine avec salle de bains privée et douche chaude: le luxe) et on a un premier avant-goût de ce qui nous attend. On passe une bonne demi-heure à observer des flamants roses, on fait notre première rencontre avec un iguane marin, on découvre les fameux crabes rouges “sally lightfoot” et lors de notre premier snorkelling on aperçoit même une tortue !

Ca y est nous y sommes, on a encore du mal à y croire, et pourtant ça ne fait que commencer.
Le lendemain débute notre première journée complète sur les îles. En gros, le programme “standard” d’une journée aux Galapagos est le suivant : réveil, petit déjeuner gargantuesque, excursion d’environ deux heures, retour à bord avec un petit en-cas, une heure de snorkelling, retour à bord pour le déjeuner (gargantuesque lui aussi, comme tous les repas d’ailleurs), une petite heure pour se reposer avant d’enchaîner avec le programme de l’après-midi (pendant ce temps le bateau se déplace vers une autre île ou un autre point sur la même île), à nouveau une heure de snorkelling, re en-cas à bord, puis une deuxième excursion de deux ou trois heures, retour à bord, débrief de la journée écoulée et annonce du programme du lendemain, dîner, et au lit !
Il faut bien admettre qu’habitués que nous sommes à voyager seuls, nous redoutions un peu ce programme très cadré, ainsi que la perspective de passer une semaine avec de parfaits inconnus. Pourtant ce côté très organisé nous aura permis de nous laisser un peu balader par quelqu’un d’autre, et de se consacrer uniquement à la découverte des lieux. Et notre petit groupe s’est avéré assez sympathique, composé de quatre français, deux suisses, une canadienne, une australienne et un allemand. On aura d’ailleurs passé pas mal de temps à taquiner Bernardo, notre acolyte allemand, en n’épargnant aucun cliché tant sur les français que sur les allemands.
Mais bon assez parlé de l’amitié franco-allemande, on sait très bien ce qui vous intéresse dans ce post : les bêbêtes ! Et pour ça vous allez être servis.
Le premier jour on aura fait la rencontre des deux oiseaux les plus célèbres des Galapagos : le fou à pattes bleues et la frégate.
Amusant de constater qu’il n’y a pas à proprement parler de saison des amours, on a donc pu voir certaines frégates mâles se pavaner avec leur “sac gulaire” rouge gonflé comme une baudruche pour séduire les femelles, mais aussi des bébés frégates toutes duveteuses, perchées sur le bord de leur nid.

Même chose pour les fous à pattes bleues : certains mâles étaient occupés à parader en exhibant fièrement leurs gambettes tandis que d’autres couvaient leurs petits pendant que madame allait pêcher. Au même titre que plus le jabot de la frégate est rouge est gonflé et plus il a de chances de séduire, plus les pattes des fous sont d’un bleu foncé et plus la conquête sera aisée. En effet, la couleur bleue est due à l’action du collagène présent dans le poisson (ou quelque chose comme ça). En gros, plus le fou est bon pêcheur et plus ses pattes seront bleues.

Qu’ils sont mignons ! Et bien détrompez-vous, tous ces jolis oiseaux sont de belles ordures.
Par exemple chez les frégates, il n’est pas rare que pour éliminer la concurrence un mâle crève le sac gulaire d’un autre avec un coup de bec bien senti. La victime devra attendre un an pour que la cicatrisation soit effective et qu’il puisse retenter sa chance auprès de ces dames.

Le fou lui est un peu plus soft pour ce qui est de la parade nuptiale. Afin de séduire une femelle, le mâle n’hésitera pas à lui offrir des cadeaux. Bon ça reste assez basique, généralement il s’agit d’un caillou ou d’une branche.

Par contre c’est chez les petits que ça se gâte. Généralement la femelle pond deux œufs mais seul l’aîné est censé survivre, l’autre n’est qu’un œuf “de secours”. Ainsi une fois que le premier œuf est éclos, il n’est pas rare que l’oisillon pousse le deuxième œuf hors du nid, dans le no man’s land où ses parents ne se préoccuperont plus de lui. Il arrive aussi que le deuxième œuf ait le temps d’éclore.

Alors l’aîné se contentera de tuer son frère, sous le regard bienveillant de leurs parents. Il va sans dire qu’en temps que cadets de famille Vincent et moi avons trouvé ces pratiques absolument barbares et révoltantes.

Nous aurons également fait la connaissance des iguanes terrestres, des lézards de lave et des lions de mer.

Dans l’après-midi nous nous sommes rendus sur l’îlot le plus photographié de l’archipel : Bartolomé. Il faut dire aussi que le cadre est assez exceptionnel.

Notre troisième journée sera marquée par un snorkelling en compagnie d’un lion de mer très joueur, qui aura passé son temps à tourner autour de nous en réalisant toutes sortes de pirouettes.

On croisera également quelques iguanes marins (il s’agit en fait d’une évolution de l’iguane terrestre, qui, n’ayant plus assez à manger sur terre a décidé de se prendre par la main, d’apprendre à nager et d’aller manger des algues) et des lions de mer à fourrure (là je n’ai pas d’explication sur la raison d’être de leur fourrure, mais on s’en fiche ils sont tellement mignons.)

Ah oui et j’oubliais, il s’agit également de notre première rencontre avec un requin (ok il n’était pas bien gros mais quand même : un REQUIN!!!)

Le quatrième jour verra en vrac l’apparition de nos premiers pingouins des Galapagos (oui je sais, ils ressemblent beaucoup à des canards)

des cormorans aptères (ils ne peuvent plus voler, leurs ailes s’étant atrophiées au fil du temps car lorsqu’ils sont arrivés sur l’archipel il y avait tellement de poissons qu’ils n’avaient pas besoin de voler pour pêcher, il leur suffisait de plonger depuis les rochers, ces gros fainéants),

et de milliers d’iguanes marins, qu’il faut enjamber prudemment pour éviter de les piétiner.

Sous l’eau on rencontrera aussi des dizaines de tortues, d’autres pingouins, et l’on comprendra pourquoi l’iguane marin a inspiré la création de Godzilla.

On passera également un coucher de soleil inoubliable en compagnie des lions de mer, des cactus de lave et même d’un squelette de baleine à Punta Espinoza.

Le lendemain, un tour en zodiac nous permettra d’apercevoir des raies en pagaille, d’autres pingouins, des hérons et j’en passe.

L’après-midi on ira se balader sur un immense champ de lave. Chaque île nous réserve des paysages très différents, et l’on ne s’en lasse pas.

Là il faut quand même que je vous avoue une chose. Il y a bien une ombre au tableau idyllique que j’ai dressé. Si certains bateaux de croisière peuvent accueillir une centaine de passagers, notre petit Daphné était une coque de noix en comparaison. Et une coque de noix ça a tendance à bien prendre les vagues. Aussi durant les longues heures de navigation, qui coïncidaient malheureusement bien souvent avec les heures des repas, la houle aura fait des victimes. Et ceux qui me connaissent savent qu’on pouvait me compter au nombre de celles-ci systématiquement. J’aurais donc passé la plupart de mon temps à bord comme ceci :

Pour ma défense, le guide lui-même a reconnu que ce bateau était l’un des plus “remuants” de l’archipel, d’ailleurs le dernier soir à bord, même lui aura fini par être malade, c’est dire.
Mais refermons cette parenthèse et tentons de faire revivre la magie du lieu.
Le sixième jour devait débuter avec un “landing” à Puerto Villamil, l’une des quatre villes de l’archipel, afin de partir en randonnée sur le volcan Sierra Negra. Mais celui-ci était entièrement caché dans les nuages et après avoir patiné dans la boue pendant une demi-heure, le groupe s’accordera pour renoncer à cette excursion au profit d’une séance de snorkelling.

L’après-midi on fera, enfin, la rencontre des célèbres tortues de terre des Galapagos. Pour moi c’est un rêve qui se réalise. Enfant j’avais, comme beaucoup, une petite tortue de Floride, sans doute gagnée à la fête foraine. On avait constaté qu’à chaque fois qu’on la mettait dans un aquarium plus grand, elle s’adaptait en grandissant. J’avais donc demandé à ma mère si il serait possible d’installer notre tortue dans la baignoire afin que je puisse la chevaucher pour me rendre à l’école. Je ne me souviens plus exactement pour quelle raison mais, hélas, ce projet n’a jamais été finalisé. Aussi j’attendais impatiemment de me retrouver nez à nez avec ces majestueux destriers, qui auraient sans aucun doute fait de moi la vedette de la cour d’école.

Après cette rencontre inoubliable avec ces géants centenaires, on ira se poster sur le port pour observer les fous à pattes bleues en pleine séance de pêche. Lorsqu’on les rencontre sur terre, leur allure pataude prête à sourire, mais une fois qu’on les a aperçus en train de plonger on est forcés d’avoir un regain de respect pour ces animaux très habiles. Ils plongent en piquet au milieu de bancs de sardines, et c’est en remontant à la surface qu’ils attrapent le poisson. On se régalera du spectacle que nous offrent ces escadrons d’oiseaux bombardant la surface de l’eau aux abords du port.

Le septième jour, qui est le dernier jour “complet” de notre croisière nous offrira un joli medley des espèces aperçues sur les îles. On fait donc nos adieux aux flamants roses, aux iguanes terrestres et marins, et notre dernier snorkelling nous permettra de tomber nez à nez avec deux requins cachés dans les rochers.

Mais déjà il est temps de repartir, non sans avoir fait un dernier crochet à la station Charles Darwin, où l’on rencontrera à nouveau des tortues de terre.

Et puis c’est l’heure du départ, et du retour à Quito.

Clairement nous n’avons jamais payé une somme pareille pour une semaine de voyage. Par contre, comme le faisait justement remarquer un autre voyageur : on finit par oublier le montant qu’on a déboursé, mais (du moins on l’espère) on garde les souvenirs de ce voyage pour la vie. Et ça nous permet également d’avoir une certitude pour plus tard : on ne fera PAS un tour du monde à la voile.

3 réponses à “Equateur #2 : Galapagos, insérez ici un superlatif

  1. Pingback: Equateur #2 : Galapagos, insérez ici un superlatif | travellingbernardo·

  2. Vos photos m’ont rappelé de merveilleux souvenirs ! Nous étions aux Galapagos en juillet dernier (sans croisière par contre, nous nous sommes débrouillés par nous-mêmes) et nous avons été conquis par cet archipel et surtout par sa faune.
    Je suis tombée sur votre site en cherchant des infos sur la traversée du continent américain en camping car, qui est notre prochaine idée de voyage au long cours. Je m’en vais aller lire tout cela de plus près 🙂

    • Merci pour votre commentaire, et ravis que nos photos vous aient rappelé de bons souvenirs! N’hésitez pas à nous envoyer un message si vous avez besoin d’informations en vue de la préparation de votre voyage!

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